À vous qui avez manifesté aujourd’hui, je veux dire une chose simple : votre colère est légitime.

Depuis plus de dix ans, votre génération subit réforme après réforme. On vous demande de vous adapter en permanence, de supporter la sélection, l’incertitude, la pression, la précarité. Et quand vous demandez simplement quel avenir on vous prépare, les réponses deviennent floues.

Alors vous vous levez.

Et vous avez raison.

On vous dira que vous manquez d’expérience. On réduira parfois vos mobilisations à la violence de quelques-uns. On vous expliquera qu’il faut attendre, que le monde est trop complexe, que vous ne mesurez pas encore les conséquences de ce que vous demandez. C’est une vieille manière de tenir la jeunesse à distance des affaires du monde.

Ne vous laissez pas raconter ces fables.

On n’apprend pas la liberté en attendant d’être jugé assez mûr pour l’exercer. Kant l’avait compris : c’est en faisant usage de sa liberté que l’on apprend à être libre. Il en va de même de la citoyenneté, de l’engagement et de la démocratie. On apprend à agir en agissant, à décider en décidant, à transformer le réel en essayant de le transformer.

Chaque génération reçoit un monde qu’elle n’a pas choisi. Elle hérite de ses conquêtes, mais aussi de ses injustices, de ses impasses et de ses renoncements. Et chaque génération doit à son tour y prendre part, contester ce qui doit l’être et conquérir les droits nouveaux que les précédentes n’ont pas su ou pas voulu lui transmettre.

Une jeunesse qui refuse de subir n’est pas un problème pour la démocratie. Elle en est son élan vital.

Aujourd’hui, je suis allé place de la République pour marcher avec vous. J’y ai vu une génération lucide, déterminée, profondément politique. Une jeunesse qui sait que derrière les questions d’école, d’université, de budget ou de précarité se joue quelque chose de plus vaste : le droit de décider du monde dans lequel elle devra vivre.

Sur cette question, vous avez votre mot à dire.

Et lorsque le pouvoir répond à vos mobilisations par la brutalité plutôt que par le dialogue, notre devoir est de ne pas détourner le regard.

Alors continuez. Continuez à vous organiser. Continuez à exiger des comptes. Refusez que l’on vous demande d’attendre sagement votre tour pendant que d’autres décident de votre avenir.

Ce pays est aussi le vôtre.

Le monde qui vient sera le vôtre.

À vous d’y prendre toute votre place.

Ne lâchez rien.