À Paris, Rachida Dati n’est pas en difficulté par accident. Elle est en difficulté par erreur. Trois erreurs majeures, politiques avant d’être tactiques, expliquent aujourd’hui l’échec d’une stratégie qui se voulait imparable. Erreur de lecture du corps électoral parisien. Erreur de méthode démocratique. Erreur, enfin, sur ce que les Parisiens acceptent et refusent en matière de pouvoir.
Rachida Dati a cru que Paris pouvait se conquérir comme un plateau de télévision ou un congrès d’appareil : par la notoriété, par des accords conclus dans les couloirs du pouvoir, par la manipulation assumée des règles électorales. Cette vision autoritaire, verticale, personnalisée du pouvoir, que l’on peut sans détour qualifier de trumpiste dans son style et sa logique, s’est heurtée à une réalité simple : Paris ne se laisse pas intimider, ni confisquer.
Première erreur : croire que la droite et le centre lui étaient acquis
Le premier pilier de la stratégie de Rachida Dati reposait sur une fiction : celle d’une droite et d’un centre naturellement alignés derrière sa personne. Son entrée au gouvernement devait sceller ce ralliement. Peu importaient ses attaques passées contre Emmanuel Macron, qu’elle avait accusé d’incarner des « traîtres de droite et des traîtres de gauche ». Peu importait son mépris affiché pour le macronisme. Du jour au lendemain, elle en est devenue l’une des figures les plus zélées.
Ce revirement n’est pas un simple ajustement tactique. Il révèle une absence totale de convictions politiques stables. Rachida Dati ne défend pas une ligne : elle occupe une position. Elle ne porte pas un projet pour Paris : elle se porte elle-même.
Les électeurs parisiens ne s’y sont pas trompés. Le centre-droit ne s’est pas rallié. Renaissance a fait un autre choix en soutenant Pierre-Yves Bournazel, offrant une alternative à des électeurs de droite et du centre qui refusaient une candidature clivante, autoritaire, et fondée sur le rapport de force permanent. Résultat : la droite ne s’additionne pas, elle se fracture.
Deuxième erreur : jouer avec les règles démocratiques… et ouvrir la porte à l’extrême droite
La réforme du mode de scrutin parisien devait être l’arme maîtresse de Rachida Dati. Elle en est devenue le révélateur le plus inquiétant.
En dissociant les scrutins, cette réforme affaiblit le vote utile et favorise les candidatures idéologiques capables de prospérer sans projet municipal crédible. Le résultat est là : l’extrême droite est en position d’entrer au Conseil de Paris. La candidature de Sarah Knafo, pour Reconquête, prospère dans l’espace ouvert par cette réforme.
Plus grave encore : le Rassemblement national ne cache plus ses intentions. Sébastien Chenu l’a dit explicitement : le RN tend la main à Rachida Dati pour le second tour. Cette main tendue n’est pas un accident. Elle est le produit logique d’une stratégie qui banalise l’extrême droite en reprenant ses codes, ses thèmes et son style.
Car c’est bien cela, le trumpisme de Rachida Dati : une politique de la tension permanente, du clash, de la personnalisation extrême, où tout est permis tant que cela sert une ambition personnelle. À force de vouloir manipuler les règles pour gagner, elle a créé les conditions d’un danger démocratique majeur pour Paris.
Troisième erreur : croire que la gauche resterait éternellement divisée
Rachida Dati a parié sur le cynisme et l’usure. Elle pensait la gauche incapable de s’unir, incapable de dépasser ses divisions, incapable d’assumer ses responsabilités face au risque de bascule à droite et à l’extrême droite.
Elle s’est trompée.
La gauche et les écologistes se sont rassemblés autour d’Emmanuel Grégoire. Cette union recrée un vote utile, redonne une lisibilité politique au scrutin et place la liste d’union en tête au premier tour. Elle renvoie la candidature LFI à un rôle marginal et transforme l’élection en un choix clair : Paris solidaire ou Paris brutalisée.
C’est précisément ce que redoutait Rachida Dati : que la campagne ne porte plus sur elle, mais sur l’avenir de la ville.
Une candidature fragilisée par ses propres contradictions
À ces erreurs stratégiques s’ajoutent des fragilités profondes.
Rachida Dati cumule les casquettes : candidate à la mairie de Paris et ministre de la Culture. Cette double fonction interroge, d’autant plus qu’elle n’a pas su gérer des crises majeures, comme le scandale du cambriolage au Louvre, symbole d’un ministère débordé et d’une responsabilité esquivée.
Ses affaires judiciaires pèsent également lourdement. Elles nourrissent un doute éthique durable, incompatible avec les exigences d’une ville comme Paris, attachée à l’exemplarité de ses responsables publics. Là encore, le problème n’est pas juridique seulement : il est politique. Peut-on prétendre incarner l’alternative quand on incarne soi-même l’instabilité et la controverse permanente ?
Une candidature sans projet, une ambition sans ville
Au fond, toutes ces erreurs convergent vers une même conclusion : Rachida Dati n’a pas de projet pour Paris. Elle n’a qu’un projet pour elle-même.
Elle change de ligne au gré des opportunités. Elle change d’alliés au gré des rapports de force.
Elle change de discours au gré des sondages.
Les Parisiens l’ont compris. Ils voient une candidature construite sur l’ego, la confrontation et le cynisme, là où ils attendent une vision, une cohérence et un engagement sincère pour leur ville.
Paris n’est pas une marchepied. Paris n’est pas un trophée. Paris n’est pas une opération de communication.
Et c’est pour cela que la stratégie de Rachida Dati échoue : parce qu’on ne gouverne pas une ville contre ses habitants, et encore moins sans convictions autres que soi-même.