Enseigner en France est devenu une épreuve. Une épreuve quotidienne, morale, matérielle.
Chaque rentrée, le gouvernement feint la surprise : il manque des profs. Mais comment pourrait-il en être autrement ? On les sous-paie, on les méprise, on les épuise — et l’on s’étonne qu’ils désertent.
La France est aujourd’hui dernière de l’OCDE pour la valorisation du métier enseignant. Seulement 4 % des enseignants estiment que leur métier est reconnu par la société, et autant pensent que leur voix compte pour les décideurs politiques. C’est une honte nationale. Le malaise est profond. Les professeurs affrontent des exigences croissantes, des classes surchargées, des élèves aux profils de plus en plus divers — sans moyens, sans reconnaissance, sans formation suffisante.
Enseigner en France, c’est plus de pression, plus de stress, plus de discipline à maintenir… et moins de soutien. Moins de temps, moins de formations, moins d’argent. L’éducation devrait être notre première priorité nationale. Pas un slogan, pas une variable d’ajustement budgétaire. L’école publique, c’est le cœur battant de notre pacte social. C’est ce qui garantit à chaque enfant, quel que soit son milieu, une chance de réussir. Mais aujourd’hui, l’Éducation nationale est enfermée dans une logique comptable bornée. On ferme des classes, on supprime des postes, on réduit les budgets, on compresse les ambitions. Les conditions d’apprentissage se dégradent, les professeurs s’épuisent, les vocations s’éteignent. Le voilà, le bilan d’Emmanuel Macron sur l’éducation : une école publique qui s’effondre sous une gestion qui ne parle qu’en chiffres.
C’est absurde.
C’est indigne.
C’est stupide.
De Jean-Michel Blanquer à Élisabeth Borne, les visages ont beaucoup changé depuis 2017, mais la vision, ou plutôt son absence, est restée la même.
L’éducation n’est pas une dépense. C’est l’investissement le plus essentiel pour l’avenir de nos enfants et la cohésion de notre République. Tant que la logique budgétaire primera sur l’intérêt des élèves, l’école publique restera en danger. À celui ou celle qui prendra demain les rênes de l’Éducation nationale, je veux dire ceci : ne sacrifiez pas l’école sur l’autel de la comptabilité. Donnez-lui les moyens, la confiance et la dignité qu’elle mérite.
Cette école digne et juste, fierté de notre République, vous devez la rebâtir. Elle ne doit plus être le lieu de la ségrégation, mais celui de l’égalité, de la justice et de la fraternité. Chaque enfant doit y trouver sa place — sans exception. L’inclusion n’est pas une option, c’est un devoir moral. Aujourd’hui encore, trop d’élèves en situation de handicap entrent dans des établissements inadaptés : cela doit cesser. Les AESH, ces acteurs essentiels du quotidien scolaire, ne peuvent plus vivre dans la précarité. Ils doivent être mieux formés, mieux soutenus, mieux rémunérés. Mais l’inclusion concerne aussi celles et ceux qui font vivre l’école au quotidien : les enseignants. Il est inacceptable, dans un pays comme le nôtre, que leur traitement soit si peu attractif. Vous devez engager une revalorisation salariale majeure, pour corriger cette injustice et rattraper les niveaux de rémunération des pays les plus avancés. Ce n’est pas seulement une question de salaire, c’est une question de dignité, de respect. Chaque enseignant doit se sentir soutenu et valorisé pour la mission essentielle qu’il accomplit. Rendre à ce métier son attractivité, c’est garantir à chaque élève un professeur, et à chaque professeur la reconnaissance qu’il mérite. Plus largement, vous devrez remettre sur pied la médecine scolaire et renforcer les liens entre l’école et les services de protection de l’enfance. Les fonds sociaux devront être revalorisés pour que chaque établissement puisse répondre à la détresse de ses élèves. Aucun enfant ne doit être laissé au bord du chemin. Enfin, l’école de la République doit redevenir un lieu de diversité et de rencontre. Les fractures entre public et privé creusent des inégalités inacceptables. L’enseignement privé ne doit pas être un refuge pour les élites : il doit participer pleinement à l’effort collectif. Ses financements devront être liés à ses efforts de mixité sociale.
Voici des mesures que vous pouvez et devez entreprendre.
Parce que sauver l’école, c’est sauver la France.